Deux géoliennes au Paraguay


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Ingénieurs Sans Frontières, hasta siempre !

Même à distance, nous continuons de suivre et de soutenir activement l’association Ingénieurs Sans Frontières (dont nous sommes toutes les deux membres), qui a lancé cette rentrée (associée au CRID, Centre de Recherche et d’Information pour le Développement) la campagne Une Seule Planète, en partenariat avec de nombreuses ONGs et associations du monde entier, afin de sensibiliser les citoyens et d’interpeller les décideurs sur les enjeux d’une gestion durable des ressources naturelles pour le développement de tou(te)s. Nous vous invitons à aller sur le site du programme et de la campagne Une Seule Planète qui vous présentera au mieux de quoi il est question.

Voici aussi  (et surtout) une vidéo réalisée dans le cadre du projet Echo des Alternatives et soutenu par Une Seule Planète:
http://www.uneseuleplanete.org/spip.php?article239

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Vous pourez ainsi comprendre un peu mieux ce qu’on fait en ce moment (et pourquoi) au Paraguay. L’association Sobrevivencia (groupe local de l’association Les Amis de la Terre), interviewvée au Paraguay, est un des organes avec lesquels on travaille en ce moment. Par ailleurs, vous aurez une vision de ce que l’on a pu voir en nous promenant dans la baie de la Plata, dans l’agglomération de Buenos Aires…c’est bel et bien des millions de poissons morts ou à moitié qui bouchent les canaux de la municipalité de Tigre et des villes alentours.


Quelques photos ?

Si on montrait un peu nos têtes ?

Voilà tout d’abord les photos d’un après-midi pas loin d’Asunción, à Takété Kwé, sur une île étrange dont le seul intérêt était de nous sortir un peu de la ville. Multiculturel avec Mar, anglo-espagnole, Kathy, autrichienne, et Vincent, québécois. Photos ici !

Puis les photos de notre expédition aux ruines jésuites du sud  du Paraguay. « Les Missions jésuites du Paraguay sont à la fois une entreprise de mission catholique telle qu’il en a existé d’innombrables à partir du XVIe siècle, et un véritable État théocratique gouverné par les Jésuites où ces derniers ont mis sur pied entre 1609 et 1763 une organisation sociale « utopique » sans équivalent dans l’Histoire. La zone géographique de ces missions est à cheval sur les États contemporains du Paraguay, de l’Argentine, du Brésil et de l’Uruguay. Les ruines de Santísima Trinidad de Paraná sont classées patrimoine mondial par l’UNESCO depuis 1993. »
Voilà pour l’histoire, voici pour les photos !


Et le projet dans tout ça ?

Les photos de notre sortie !

Et oui, on vous parle du Paraguay, de nos voyages et péripéties, on vous montre de belles photos mais c’est oublier un léger détail: le projet. Car c’est à lui que l’on consacre la majeure partie de notre temps (et non, on ne fait pas que du tourisme!).

Un petit bilan s’impose, car comme tout projet bien vivant, il change, se recontextualise suivant les disponibilités et surtout les moyens. Faisons donc le point :

Nous travaillons au sein du centre d’investigations (CTA) de l’Université Catholique d’Asunción autour de deux projets :

Le premier a pour but de modéliser le bassin versant de la capitale Asunción, qui se nomme Yukyry. Dans un premier temps, on se concentre sur la partie hydrologie superficielle. Ce qui veut dire concrètement, modéliser, grâce aux caractéristiques et aux données d’occupation du sol, les écoulements superficiels afin de pouvoir simuler des scénarios plus ou moins catastrophes. Ce modèle sera mis à disposition de la SENASA,  Servicio Nacional de Saneamiento Ambiental , organisme public qui s’occupe de la gestion de l’eau. On vous épargnera les détails aujourd’hui: on dessine le bassin versant, on cherche ou calcule les données d’entrées, on les trouve plus ou moins, et on calibre…on y arrive mas o menos mais on a l’espoir.
Vous aurez droit à un peu plus de précisions plus tard, dans un autre article.
Qualités pré requises : persévérance et…patience,
(ah ben pour le coup c’est raté…)

On s’étendra un peu plus aujourd’hui sur le deuxième projet :
Pourquoi un article sur l’impact de la culture intensive du soja au Paraguay ? Ce n’est pas si anodin…
mais bien pour que vous ayez en main toutes les clés pour comprendre la situation… et notre projet.

Nous avons emporté dans nos bagages un kit de mesures du taux de glyphosate dans les eaux superficielles. Celui-ci est facile à utiliser : il suffit de prélever correctement des échantillons d’eau et en une demie journée de chimie pour les nuls, il est possible de déterminer la concentration en glyphosate dans l’eau. Il est aussi possible par l’intermédiaire d’autres réactions chimiques, de déterminer le taux de glyphosate fixé dans le sol.
Le seul hic est le coût de ce « précieux » : plus de 2000 euros, rien que ça pour 80 mesures, sachant qu’il faut en faire au moins deux pour chaque point, cela limite beaucoup le nombre d’échantillonnage possibles…Nous n’avons donc pas droit à l’erreur.
L’idée est de demander des financements pour d’autres réactifs dans le cas où la contamination par le glyphosate serait mise en évidence. Ceci afin de faire une étude plus complète.
Mais avant ça, il faut bien commencer avec ce que l’on a.

Pourquoi un tel kit? L’idée est d’appuyer les ONG et associations locales dans leur lutte contre l’agrobusiness et d’apporter des preuves de contaminations de l’eau. Qui dit contamination de l’eau, dit impacts sur l’environnement mais aussi et surtout sur la santé des campesinos et communautés indigènes qui vivent juste à côté des champs de soja. Ce n’est pas grand-chose, certes, mais c’est déjà cela. Et petit à petit, ajouté aux autres études qui sont faites, il sera peut être possible de faire pression sur le gouvernement et même alerter les institutions internationales par l’intermédiaire de l’UNICEF…
Du pessimisme actif, on avait dit…

Dans un premier temps, l’objectif est donc d’identifier les acteurs (ONGs, associations, organisations de campesinos) intéressés par le projet et les plus à même de faire bon usage des données, puis de déterminer avec eux les zones d’études les plus pertinentes.

Un partenariat a été ainsi mis en place entre l’UNICEF et le CTA: l’UNICEF finance les sorties terrains en échange de quoi nous lui mettons à disposition les résultats de nos études terrains (mise en valeur des points critiques, échantillonnages, analyses, résultats, interprétations, recommandations).
Nous avons également contacté l’institution Base Investigationes Sociales, un centre de recherche qui se consacre à la production et à la diffusion de connaissances sur la réalité paraguayenne, dans le but de contribuer à la construction d’une société « sustentable », équitable et solidaire. Elle se donne pour objectif de mettre en lumière les problèmes sociaux, économiques et politiques existants en zone rurale et met à disposition des outils de formations et d’accompagnements adaptés pour y répondre. Ceci notamment par la mise en place, le renforcement et la mise en réseaux des organisations paysannes locales.
L’article sur le soja publié précédemment s’appuie en grande partie sur une de leurs études. Celle-ci a été effectuée dans une zone critique: la communauté guaranie Campo Agua’e (ce qui signifie « devant ») qui se situe dans le département de Canindeyu, au Nord Est du pays. Cette région n’a été « colonisée » par l’agrobusiness que récemment. Contrairement à la région sud orientale qui s’est bien organisée autour de syndicats de paysans relativement solides, il n’existe pas encore d’organisations campesinas dans cette partie du Paraguay. Ce qui rend les impacts de l’agriculture intensive du soja d’autant plus forts.
Il a été donc décidé d’un commun accord qu’il était nécessaire de faire une étude de la qualité de l’eau dans cette communauté, qui souffre particulièrement de l’agriculture du soja transgénique. Cette étude viendra en complément des différentes études sociaux-économiques menées en parallèle.
Par ailleurs, nous avons pris contact avec Sobrevivencia, le groupe local de l’association internationale Les Amis de la Terre (à noter qu’ISF dont nous sommes toutes les deux membres travaille souvent, ou du moins reste en contact permanent avec les Amis de la Terre France) qui travaille pour la conservation , la restauration et la gestion durable de l’environnement ainsi que pour la défense des droits fondamentaux et l’intégrité des communautés.
Sobrevivencia effectue en ce moment le même type d’études que BaseIS mais dans la communauté Luz Bella, qui se situe dans le département de San Pedro.

 

Nous décidons donc de nous concentrer sur ces deux zones d’études : Campo Agua’e et Luz Bella.

Dans un premier temps, à l’aide des données géographiques, topographiques et hydrologiques (et grâce notamment au logiciel ArcView), nous étudions les deux bassins versants, ceci afin de mettre en valeur les zones critiques… tout ça demandant évidemment confirmations sur le terrain.

3h du matin: nous voici donc prêtes, tubes d’échantillonnages et glacière en mains, pour 5 longues heures de bus (encore) à destination de Curuguaty, ville la plus proche de la communauté Campo Agua’e. Nous devons y rejoindre Richard et Milena, salariés de BaseIS , qui sont alors là bas pour soutenir la communauté dans un procès intenté contre un des plus gros « sojero » de la région.
C’est après un autre voyage en 4*4 que nous arrivons avec eux dans la partie centrale de la communauté, c’est-à-dire le quartier où vit le chef Lucio…
un autre monde s’offre à nous…

 

Des champs à perte de vue et à peine quelques arbres pour fixer le regard. Deux maisons en bois, toits de paille. Plus loin, trois autres. Et de l’autre côté du champ, au loin, on en aperçoit encore deux. Combien sont-elles ?
Bienvenue dans la communauté indigène Campo Agua’e.
Les hommes, chefs de famille, s’approchent avec des chaises, eux parlent espagnol. On s’installe autour d’un tereré, en expliquant le but de notre venue. Les femmes ne parlent que guarani. Quand nous y sommes retournées pour la deuxième fois, perdues, n’arrivant pas à retrouver la maison du chef, Lucio, nous n’avons pas réussi à communiquer avec elles. Les enfants qui sont allés à l’école ont quelques notions de « castellano » (espagnol). Ils vivent ici depuis toujours ; aller à la ville signifie le bourg d’à côté, Curuguaty. Asunción est un autre monde, bien loin d’ici.
Des cultures de manioc, de pomme de terre, des fruits, des porcs et des gallinacées : canards,  poules, coqs…
Le temps semble s’être suspendu sur les scènes dont nous sommes témoins.
Un hamac balance, les braises rougeoient, les enfants poussent des pneus avec des bâtons.
Un tracteur, puis un énorme 4*4 passent dans le champ à côté, nous rappelant encore la raison de notre venue.

Du soja à perte de vue…
à seulement quelques mètres des maisons, de l’école où vont 35 enfants
sans barrière végétale (ou seulement sur une partie)
jusque sur les bas côté de la route départementale qui passe à proximité de Campo Agua’e,
jusque sur la route sûrement, s’il n’y avait toutes ses voitures…


Le quartier Bañado Sur

Nous avons déjà évoqué l’existence de ce bidonville en bordure d’Asunción dans l’article sur les déchets et dans celui sur la construction Un Techo Para Mi Pais. C’est seulement après plus de 2 mois ici que les occasions de le découvrir se sont multipliées ; durant le WE de construction d’abord, puis par la rencontre avec un volontaire québécois, Vincent Lagrange, qui vit dans le Bañado afin d’y développer une zone de communication (http://banadosur.blogspot.com/) et enfin grâce à une amie, Mar, qui faisait un stage de dentiste dans un dispensaire.
Nous avons pu nous y rendre notamment lors d’un spectacle de cirque gratuit organisé pour les enfants. Les photos sont toutes ou presque de Vincent, principal organisateur de l’évènement. Il nous a ensuite présentées à Ña Lila, une jeune poétesse de 64 ans, dont un des poèmes figure dans l’article sur les déchets. Cette rencontre fut, une fois de plus, très riche.

J’en profite pour apporter un complément d’information à l’article sur les déchets à l’aide de cet article très intéressant décrivant les conditions de travail des recycleurs : http://www.unionlibre.net/vol6_no1/les_exclus_du_systeme_economique


Week-end de construction avec « Un Techo Para Mi Pais »

Un Techo Para mi Pais (un toit pour mon pays) est une organisation latino-américaine crée au Chili en 1997. A l’époque, un groupe de jeunes étudiants provenant d’universités diverses construisent, grâce à des donations, 350 logements d’urgence au sud du Chili. Suite à cette opération, naît en 2001 le projet « Un Techo para Chile ». Cette méthode de travail s’est développée dans d’autres pays d’Amérique Latine, avec les familles en situation de pauvreté. Aujourd’hui l’association est présente dans 12 pays d’Amérique latine, au Chili, Equateur,  Guatemala, Paraguay, Uruguay, Argentine, Mexique, Pérou, Salvador, Colombie, Costa Rica et Brésil, et plus de 35 000 logements d’urgence ont déjà été construits.

Voilà pour l’historique. Ayant donc entendu parler d’un chantier de construction sur un WE, j’ai sauté sur l’occasion, envie de découvrir cela de plus près ; nous voilà donc parties avec deux amies, Mar et Kathy, pour deux jours au cœur du Paraguay, dans les deux mondes si différents : celui des jeunes « bourges » d’Asunción et celui du bidonville Bañado Sur. 

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Assez curieuse de voir ce que ça allait donner. J’espérais que ce n’était pas « Bonjour on vient vous sauver ». Tout le monde m’avait dit que ça allait être éprouvant physiquement : travail, fatigue, chaleur… Ça l’a été. Ce fut une expérience très intéressant, surtout le contact avec la famille pour laquelle on construisait. La femme ne parlait que guarani mais les enfants ainsi que le père, qui a construit avec nous tout le WE, parlaient castellano. On peut voir sur les photos leur « maison » telle qu’elle était avant. Le contact avec les gens de mon groupe fut moins enrichissant, mais ce fut également la découverte (ou l’approfondissement de cette découverte) d’un autre monde. Ce sont, pour la plupart, les riches d’Asunción qui viennent faire leur bonne action, montrer de quoi ils sont capables (« oh mon dieu, il n’y avait pas de douches, on a été dans le bidonville, oh quel courage, quel altruisme ! »…), « remplir le rêve d’une famille » et passer un bon moment ensemble. Ça part d’une bonne intention mais il n’y a pas de fond, et on n’a pas eu de discussions très poussées. En tout cas, pas vraiment avec eux. Evidemment, il ne faut pas blâmer cette intention, car c’est toujours mieux que de ne rien faire, comme la plupart des autres. Je me sentais bien avec les habitants du Bañado, à ne pas brûler les étapes, à boire le tereré avec eux. Mais bon, je ne sais pas s’ils sont vraiment heureux. C’est des conditions de grande pauvreté. Les enfants sont très souriants, mais dès l’adolescence, les problèmes commencent : marginalisation, drogue…

Ayant constaté un manque de réflexion de la part des volontaires (pas des responsables), j’ai voulu m’intéresser un peu plus au fonctionnement de l’association. Je retransmets ici un article de « d e t o i e n t o i t », un blog créé par 3 jeunes architectes en Amérique Latine, à la recherche de solutions durables pour l’habitat.

« Quel intérêt peut avoir l’habitat d’urgence d’un point de vue social ? En effet, la première réaction face à ce type d’habitat est le rejet d’un concept qui semble se situer à l’opposé du développement durable : un logement intermédiaire, uniquement palliatif, en attente d’une solution meilleure qui n’est jamais sûre d’arriver. Pourtant, le but est de responsabiliser les familles concernées pour qu’elles puissent sortir d’un état permanent de précarité par leurs propres efforts, pas à pas, étape par étape, et passer d’une maison éphémère en bois à une maison définitive et durable.

Ainsi, théoriquement, la construction de l’habitat d’urgence n’est qu’une première étape qui demande à être complétée par deux autres. La deuxième étape consiste en des tables rondes avec les  habitants et les leaders de la communauté, destinées à créer une dynamique de travail commun et de production, et à générer des revenus pour que les familles puissent postuler à la troisième étape, celle des microcrédits en vue de la construction d’un habitat définitif.

Jusqu’à présent, seulement quatre pays où est implanté Un techo para mi país vont jusqu’au bout du programme.

Il est important que les familles ne considèrent pas cette aide comme un cadeau mais comme quelque chose d’acquis par leurs propres moyens, et qu’elles aient une sorte de satisfaction personnelle suite aux efforts fournis, pour les inciter à continuer dans ce sens. Ainsi, l’association leur demande plus ou moins 10 % du coût de la construction.  

Cependant, pour parvenir à aider les personnes en situation de pauvreté extrême, cette obligation financière peut être remplacée en partie par une participation active lors de la construction des maisons avec les volontaires venus du continent entier.

L’association fait face à d’autres coûts importants et est sans cesse en recherche de sponsors ou partenaires. Ces aides institutionnelles ou de la part d’entreprises, des donations spontanées et la mobilisation de jeunes bénévoles permettent ainsi le passage de l’idée à la réalisation, et la construction de nombreuses maisons de 18m2. »

 

Conclusions personnelles : expérience riche, en rencontres et en découvertes, sous la chaleur écrasante du soleil paraguayen, et qui me laisse avec un goût de trop peu, d’impuissance devant toutes les familles vivant encore dans la précarité, et devant ses enfants souriants dont la plupart ne pourront pas suivre une scolarité normale. Avenir bien sombre.

Photos de la construction


Noël

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Quand les douches froides au cœur de la nuit ne rafraichissent plus, quand chaque cellule de ton corps sue… C’est NOËL !

 


Les déchets au Paraguay : de l’emballage à l’humain

Les rues sont sales, les papiers jonchent la chaussée, les routes de campagne sont recouvertes de sacs plastiques, les gens jettent leur bouteille de plastique vide dans la nature, personne ne ramasse. Où sont les containers à verre, à carton, à plastique ? Ah, il en existe un peu ? Personne n’y jette rien. Une visite de la décharge municipale d’Asunción plus tard et la résolution est prise : il va bien falloir écrire sur ce sujet complexe et sensible au Paraguay : la gestion des déchets. Comment se gèrent les déchets ici ? Où est le tri sélectif, où sont les poubelles publiques ? Où vont les déchets ? Comment évoluent-ils ?

 

Réflexe Google… « Gestion » « déchets » « tri sélectif » « Paraguay », en français, en espagnol… Rien.  Si on ne trouve rien, la première conclusion est que peut-être, simplement, il n’existe rien sur le sujet.

 

Quelques observations, articles de journaux, conversations, visites…plus tard.

 

Le tri sélectif n’existe quasiment pas au Paraguay pour le moment, en tout cas il est peu répandu. On peut entre autres observer sur le dessin ci-dessous (quand on a la chance d’en trouver un) que les éléments non recyclables et les résidus organiques sont allégrement mélangés dans la même colonne.

 

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Si nous nous intéressions à l’itinéraire d’un emballage de jus de fruit en carton à Asunción ? Le voilà vide, il a trois options : dans le premier cas, son utilisateur le jette dans la rue ; dans le deuxième cas, son utilisateur le jette dans une des poubelles de la rue, sortes de cages en fer trouées ; dans le troisième cas, l’utilisateur se trouve près de poubelles à tri sélectif, a entendu parler de cette pratique étrange et l’emballage se retrouve, si il a de la chance et que tout n’est pas déjà mélangé, avec ses camarades cartons papiers seulement. Autant dire que ce dernier cas de figure est rarissime.

 

Suivons un à un les futurs possible de notre emballage. Dans le premier cas, jeté par terre, il va pouvoir y rester des semaines, des mois, des années ; surtout si c’est dans la nature, dans un zone publique non protégée. Dans les rues d’Asunción, il sera ramassé rapidement par des hommes ou des femmes sur des charrettes tirées par des chevaux, les « recicladoros ». Ces personnes gagnent leur vie tant bien que mal en vendant ce qui peut l’être à des entreprises de recyclage.

Dans le deuxième cas, ces mêmes personnes interviennent, chargeant des poubelles entières pour pouvoir les trier et gagner ainsi un peu d’argent. Selon un recensement officieux, la Municipalité d’Asunción est arrivée au chiffre suivant : quelques 3 000 personnes s’attèleraient actuellement à la tâche de collecter les objets recyclables dans les poubelles aux quatre coins de la ville.

Celles qui leur échappent et simplement les déchets non recyclables sont collectés dans de grands camions poubelles, de la municipalité ou d’entreprises privées subventionnés en partie par la municipalité (rien ou presque n’est public à Asunción, les lignes de bus par exemple appartiennent toutes à des entreprises différentes). Ces camions se dirigent tous vers un seul lieu : el vertedero (la décharge) de Asunción, appelée la Cateura. Pour information, la production moyenne de résidus solides urbains au Paraguay s’évaluait en 2009 à 1kg/j/hab.

 

Voici donc notre emballage passé entre les mailles du premier recyclage débarqué à la décharge avec tous les autres déchets. Là il subit un deuxième tri sélectif par les « employés » de la Cateura. Dans des conditions très dures, sous le soleil et dans les ordures, ils séparent du reste ce qui peut encore être revendu pour recyclage. Les déchets restants sont traités sur place, c’est-à-dire montés sur d’immenses talus, recouverts d’un  peu de sable et tassés au bulldozer, à ciel ouvert, longés par le fleuve. Ils ont diverses origines : la collecte domestique, commerciale, industrielle, le balayage des rues ou des marchés et peuvent aussi provenir de municipalités voisines. Les « recicladoros » de la Cateura vivent dans une favela située juste à côté, à portée des effluves réveillées par le vent, la chaleur ou la pluie.

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Dans le troisième cas, le container à papier carton, l’emballage a encore deux options : il peut être ramassé directement par les recycleurs et revendu. Il peut aussi dans certains cas, malheureusement, être ramassé par les éboueurs, qui vont mélanger tous les containers indépendamment de leur contenu. Il finira une fois de plus à la décharge.

 

Perspectives…

 

Une privatisation récente de la décharge (entreprise EMPO) a entraîné quelques améliorations dans son fonctionnement. Un grand projet, financé par la Direction Générale de Gestion de l’Environnement de la Municipalité d’Asunción, concerne la création, dans une zone pilote pour le moment, d’un parc écologique ou relleno sanitario. Il s’agit d’un « lieu destiné au stockage final des déchets, dans lequel de nombreuses mesures sont prises pour réduire les problèmes générés par les décharges ; les dites mesures sont, par exemple, l’étude méticuleuse des impacts environnementaux, économiques et sociaux, depuis le choix du lieu jusqu’à sa surveillance permanente durant toute la durée de vie de la décharge », ce qu’on résume également par : méthode d’enfouissement des déchets en décharge contrôlée.

On peut citer notamment la mise en œuvre d’une usine de traitement physico-chimique des lixiviats (liquides générés par les résidus en décomposition, les lixiviats de décharge sont des eaux usées complexes et fortement polluées résultant de la percolation de l’eau de pluie à travers les déchets), afin d’obtenir une dégradation totale des composés organiques qu’ils contiennent, les transformant ainsi en liquides totalement inertes, sans composés polluants.

 

Selon la municipalité d’Asuncion, la «Politique Environnementale Nationale se définit comme un ensemble d’objectifs, critères et orientations générales pour la protection de l’environnement, avec pour but de garantir la pérennité du développement pour les générations actuelles et futures ». La Municipalité de Notre Dame Sainte Marie de l’Assomption, Capitale de la République du Paraguay, pointe plusieurs lacunes dans la protection de l’environnement : l’emplacement de la décharge, le déficit en infrastructures d’écoulement des eaux pluviales et cloacales, la contamination des cours d’eaux, la diminution de la végétation, la pollution (de l’air, visuelle et sonore), et le manque d’éducation environnementale.

 

De nombreux projets sont ainsi mis en place, le Paraguay se trouvant au début d’une prise de conscience. Mais les mentalités sont lentes à changer, le geste de jeter ce qui encombre reste le plus naturel.

 

Certains vont dire qu’un tri sélectif domestique entraînerait une réduction des « emplois ». Qu’en pensent vraiment les premiers concernés ?

 

 

Opinions et témoignages de deux femmes, membres d’une association de recycleurs (Asociación de Carreros, Carritos a Mano, Recicladores y Recicladoras del Banco San Miguel):

 

« J’ai ma brouette que je pousse à la main et ma charrette avec mon cheval. On doit faire de tout pour survivre. La vie n’est pas facile tous les jours. A la maison j’ai 7 enfants, dont 6 vont à l’école. Avec ce que je gagne, environ 300 000 Gs par mois (ndlt : moins de 50 euros), je dois improviser pour qu’ils puissent à la fois aller étudier et ne pas manquer de nourriture. C’est une dure lutte que nous menons chaque jour, mais il est gratifiant d’en voir les résultats. »

 

« Nous avons créé cette association pour pouvoir exiger nos droits. Nous sentions que la société nous discrimine pour notre travail, et ce n’est pas juste. En ce moment, nous luttons pour que le recyclage soit ne soit plus considéré comme une tâche indigne. Ce que nous faisons demande de grands sacrifices et des mises en danger, mais c’est un travail digne. Heureusement, beaucoup de gens sont en train de réaliser le rôle que nous jouons et nous aident, en triant leurs poubelles. »

 

 

J’aimerais finir par un texte (en espagnol…puis en français), écrit par une poétesse de plus de 60 ans, une force vive  de la favela, à Bañado Sur. Ce quartier s’appelle ainsi car il se développe sur des terrains fortement inondables. Ña Lila est une poétesse qui vit dans le quartier Virgen de Lujan. Sa poésie écrite en guarani et en espagnol traite de la dure réalité vécue par les habitants du Bañado Sur.

 

Nuestra vivencia en el Bañado Sur

Estamos viviendo zozobra en nuestro querido Bañado, donde ponemos nuestro esfuerzo, nuestro tiempo; a pesar de muchas dificultades, sin trabajo estable, tenemos que subsistir a nuestros hijos. Alimento, educación, salud, estos tres elementos fundamentales cómo podemos sobrellevar puesto que sin una buena alimentación no hay buena educación ni una adecuada salud.

Nuestra fuente de trabajo actual es el vertedero municipal “Cateura”, ser ganchero es ser humillado por la sociedad.

¿Y esto es el país de las maravillas?

Somos gente humilde pero muy solidaria, no perdemos nuestros principios, la honestidad, valores, luchadores. Valoramos la organización porque a través de ella mejoramos nuestra comunidad, es decir, hay progreso. 

Esto que llamamos progreso no nos viene de arriba, sino con mucho sacrificios y lucha, manos a la obra con jóvenes, adultos, niños y mujeres. Así progresamos como Bañado Sur, tenemos Escuela, Colegios, Radio Comunitaria, Capilla, Casa Parroquial, Comedor Comunitario, Casa para los Abuelitos, calles empedradas. Les invitamos a que vengan a ver progreso comunitario.

Y esto es comunidad de las maravillas y así construimos nuestra riqueza.

 

 

Nous vivons échoués dans notre Bañado chéri, et en lui nous mettons notre effort, notre temps ; malgré de nombreuses difficultés, sans travail stable, nous devons subvenir aux besoins de nos enfants. Alimentation, éducation, santé, ces trois éléments fondamentaux, comment pouvons-nous les assurer puisque sans une bonne alimentation, il n’y a pas de bonne éducation ni de bonne santé.

Notre source de travail est la décharge municipale « Cateura », être éboueur signifie être humilié par la société. 

Et c’est ça, le pays des merveilles ?

Nous sommes des gens humbles mais solidaires, nous ne perdons pas nos principes, l’honnêteté, les valeurs, combattifs. Nous développons notre organisation communautaire car à travers elle nous améliorons notre communauté, c’est-à-dire qu’il y a du progrès. 

Ce que nous appelons progrès ne nous vient pas d’en haut, mais bien de nos multiples sacrifices et luttes, la main à l’ouvrage avec les jeunes, les adultes, les enfants et les femmes. Ainsi nous avançons en tant que Bañado Sur, nous avons des écoles, des collèges, une radio communautaire, une chapelle, une maison paroissiale, une cantine communautaire, une maison de retraite, des rues pavées. Nous vous invitons à venir voir le progrès communautaire. 

Et ça, c’est la communauté des merveilles, et ainsi construisons-nous notre richesse.


La culture intensive du soja au Paraguay, ou les dessous de ton assiette

Pour le sourire d’une indienne,

Cet article n’a pas pour but de te/me/nous/vous culpabiliser, c’est un simple constat d’une réalité que nous ne pouvons nous cacher. Il me semble qu’il est de notre devoir de citoyens du monde de la regarder en face, de la nommer correctement en laissant de côté ce trop plein de pléonasmes pour enfin l’assumer.

Une première étape, la deuxième étant de se donner les moyens de la changer. Et même si cela semble impossible et que le pessimisme nous gagne, le sourire d’une indienne, la force, la volonté de ces gens qui se battent pour la vie, la solidarité qui persiste me font garder espoir.

Du pessimisme actif me disait l’ancien.

Allons maintenant faire un tour au supermarché.
L’œil se perd entre les côtelettes, faux-filet et autres rôtis. Un bœuf bourguignon ou un bon gros steak ? Laisse-moi deux minutes, j’hésite encore…
Ah, viande que nous adulons et consommons sans modération…
Non, ce n’est pas moi, carnivore que je suis, qui vais vous faire la leçon… un simple constat on avait dit.
Qu’il est bon de savourer une entrecôte…
Il l’est un peu moins quand on jette un œil sur la filière bovine.

Nous ne parlerons pas des méthodes d’élevage conventionnelles, de la consommation démesurée en eau qu’elles impliquent, du stockage et de l’épandage de purin, de l’administration d’hormones mais seulement du système de nourrissage.
Contrairement à ce que l’on m’a appris à l’école, le bétail ne se nourrit pas principalement d’herbe, mais majoritairement de soja, dans un souci non pas de qualité mais de productivité, résultat de notre politique agricole commune actuelle. Oui et alors?


Alors maintenant, traversons l’Atlantique, et allons voir ce qu’il se passe au Paraguay.
Et oui, ce soja est un soja baroudeur qui a parcouru des milliers de kilomètres avant de se retrouver dans nos silos…

Ce soja arrive en partie du Paraguay, 6ème exportateur mondial derrière notamment les États-Unis et l’Argentine. Chaque année, c’est environ 7,2 millions de tonnes qui y sont produites, ce qui certes ne représente que 2,7% de la production mondiale mais est déjà beaucoup au vu de la taille du pays. 77,7% de cette production est dédiée à l’exportation. Le soja ayant été introduit dans le pays il y a seulement quelques années, sa consommation locale est de toutes façons rare, celle-ci n’étant pas du tout traditionnelle et ne pouvant entrer dans les mœurs. Des campagnes de promotion de sa consommation ont été mises en place, sans succès.

C’est en regardant de plus près ce qu’impliquent ces quelques chiffres qu’on ressent une envie de prendre les armes.
Prendre les armes,
Cette feuille de papier pour commencer.

Au Paraguay, pratiquement 90% de la culture du soja utilise des semences modifiées génétiquement (GM), les sojas Roundup Ready (RR) sous brevet Monsanto. L’Argentine, le Brésil et le Paraguay sont en tête de liste des 7 pays produisant du soja GM dans le monde.

Aujourd’hui, la méthode la plus utilisée avec le soja RR est la technique du «semis direct». Cette technique combinée à la tolérance à un herbicide acquise par transgénèse, a rendu possible l’expansion et l’intensification de la production tout en réduisant les coûts de main d’œuvre. Pour l’agrobusiness, l’utilisation combinée des sojas GM et du «semis direct» est un succès économique. Lorsque le glyphosate est répandu sur les monocultures de soja, toutes les plantes meurent sauf le soja GM, ce qui simplifie beaucoup le travail lié au contrôle des mauvaises herbes. Le désherbage mécanique (avec l’utilisation de charrue) est remplacé par le désherbage chimique. Par contre, le «semis direct» rend indispensable l’utilisation d’herbicides pour désherber. L’association des monocultures de soja RR et du semis direct ont entraîné une augmentation exponentielle des volumes globaux de pesticides utilisés, se qui signifie des millions de dollars de profit pour les industries des semences et de la chimie. L’échelle de production est passée à des monocultures de milliers d’hectares, nécessitant peu de main-d’œuvre, la gestion des mauvaises herbes n’étant plus assuré que par des machines et des avions pour épandre les pesticides.
A noter que la majorité des pesticides utilisés aujourd’hui au Paraguay le sont sans aucune mesure de protection. Aucune norme ou loi ne règlemente l’utilisation de ces pesticides, alors que les plus communément épandus sont aujourd’hui interdits dans l’Union Européenne.

De faibles apports économiques

Ce modèle de production du soja ne génère que très peu d’emplois, autant pour ce qui concerne les phases de production et de transformation que des tâches liées à l’exportation.

Du fait de la culture mécanisée, une seule personne est aujourd’hui à la charge de 200 hectares, ceci pour un très maigre salaire et dans de difficiles conditions de travail ; alors qu’un hectare équivaut à une personne en agriculture paysanne. Au début du développement de la culture du soja, le producteur (paraguayen en général) était une réelle source de travail pour ses voisins, sa famille, ses amis ; aujourd’hui les producteurs brésiliens apportent leur propre main d’œuvre. Selon une étude réalisée par l’association BaseInvestigacionesSociales, dans les trois districts limitrophes du Brésil, ce sont 61% des exploitations qui sont des propriétés étrangères, dont 90% brésiliennes. Le très faible régime d’imposition dans le secteur encourage en effet l’installation d’exploitations étrangères.

Par ailleurs, alors que le Brésil transforme 46% de son volume de grains et l’Argentine 63%, au Paraguay, ce chiffre est seulement de 20. La grande partie de la production est exportée (principalement au Brésil,) avant toutes transformations, donc sans valeur ajoutée. .

De ce fait, ce sont surtout les entreprises étrangères qui bénéficient de cette activité économique. Les faibles ressources générées par ce secteur ne permettent pas le développement de l’industrie paraguayenne et des filières de transformations.

Et du côté de l’environnement, ça donne quoi?

Entre déforestation et pollutions

A l’origine, la région orientale du Paraguay, le Sud du Brésil et le Nord-est de l’Argentine étaient couverts de près de 470 000 km de forêt primaire. En 1945, celle-ci couvrait 8 000 000 hectares de la Région Orientale du Paraguay…contre seulement 700 000 aujourd’hui.

Une des principales raisons de cette déforestation est l’expansion de la culture du soja. Le paysage change petit à petit et offre aujourd’hui au regard des champs à perte de vue et quelques lapachos, symboles du Paraguay … souvenirs d’une végétation flamboyante.

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Lapacho jaune

Déforestation et donc disparition d’une grande partie de la biodiversité : de nombreuses espèces animales et végétales ont ainsi été exterminées ces dernières années ou sont considérées à l’heure actuelle en voie d’extinction. Un autre problème important lié à la déforestation est l’altération significative du climat à l’échelle locale. Des fluctuations de températures plus marquées et une augmentation des phénomènes climatiques extrêmes (tornades, tempêtes, inondations, sècheresse) se font ressentir. Les sécheresses et la contamination des cours d’eau par les pesticides sont à l’origine de la disparition de la faune aquatique. Par ailleurs, la transformation de la couverture végétale rend les sols plus fragiles et plus sensibles à la contamination, ce qui pourrait s’avérer très grave. En effet, c’est dans cette région que se trouve l’aquifère Guarani, ressource en eau douce considérée comme la plus importante du monde : il s’étend sur une superficie d’environ 1,2 millions de km² (pour un volume d’eau estimé à 50 000 km3), au niveau de quatre pays d’Amérique latine, le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay, et le Paraguay. Quelques 60 000 km² de cet aquifère constituent le sous sol paraguayen et par là une ressource primordiale en eau potable. La pollution des sols et des eaux superficielles pourrait impliquer une contamination de cet immense réservoir et donc mettre en péril l’approvisionnement en eau de nombreuses villes ainsi que la destruction de nombreux écosystèmes.

La fin de l’agriculture paysanne et la mise à mort d’une culture

L’accaparement des terres fertiles et la spéculation foncière des entreprises étrangères privent les petits paysans d’un accès à la terre. Les jeunes n’ont pas les moyens d’acheter la terre et se trouvent obligés de travailler au sein des grandes exploitations dans des conditions de travail difficiles, ou de migrer. Aujourd’hui cette situation concerne entre 300 000 et 500 000 paysans. Se trouvant face à un environnement contaminé empêchant toutes cultures autre que le soja et n’étant pas concurrentiels face aux multinationales, beaucoup de paysans n’ont d’autre solution que de louer leur terre ou de la vendre… sans perspectives économiques.

L’usage intensif de pesticides a provoqué la destruction des cultures des communautés indigènes et la mort d’une partie de leurs élevages. L’épandage de pesticides à proximité des communautés et villages affecte sérieusement la santé des habitants. De nombreux cas d’intoxication ont été relevés près des zones de production : beaucoup d’enfants ont la diarrhée et des problèmes stomacaux, les hommes, des problèmes de foie et les femmes font des fausses couches. Le souvenir de Silvino Talavera, 11 ans, mort en 2003 dans la région d’Itapúa, suite à une pulvérisation reste présent dans les esprits.

La disparition autant qualitative que quantitative de la faune et de la flore réduit la source principale d’alimentation des indigènes. Du fait de leurs faibles ressources économiques, il leur est difficile de remplacer leurs sources traditionnelles de nourriture. L’accès à ces ressources alimentaires est d’autant plus réduit que des milices privées leur interdisent de passer à proximité des grandes propriétés.
Dans ces conditions, les indigènes se trouvent dans l’impossibilité de développer leur forme de vie traditionnelle: ils perdent ainsi peu à peu leurs traditions, leurs recettes (difficile quand les ingrédients n’existent plus), leurs pratiques, leurs savoirs traditionnels et finalement leur culture.

Une des seules alternatives qui est offerte aujourd’hui au monde rural est le commerce du charbon de bois. Celui-ci est vendu aux entreprises brésiliennes et exporté, presque sans aucun droit de douane, pour l’industrie sidérurgique brésilienne. Ce qui ne fait qu’amplifier le phénomène de déforestation et tous les problèmes qui lui sont liés. En effet qui dit charbon de bois, dit bois…la forêt primaire en est la meilleure ressource. Cependant la situation est tellement dramatique que lorsque le gouvernement a mis en place une loi interdisant la production et le commerce du charbon pour limiter la déforestation, il s’est trouvé face à une véritable levée de boucliers de tous les petits paysans et indigènes de la région.

Beaucoup n’ont alors d’autre choix que de fuir. En 1992, la population urbaine a ainsi dépassé pour la première fois la population rurale, celle-ci ayant migré vers les quartiers pauvres des périphéries urbaines. Ces dernières années ce sont plus de 90 000 personnes (environ 18 000 familles) qui s’y sont installées, sans un accès à la terre leur permettant de survivre. Leur faible niveau de formation mais surtout un marché du travail saturé les empêchent d’accéder aux biens et services de base… et de sortir de la pauvreté.

Aujourd’hui, on peut voir dans les rues d’Asuncion, et principalement sur une des plus grandes places de la ville, de trop nombreux indiens tentant de survivre, des bâches leur servant de maison. Il est commun de voir des enfants jouer au milieu de la route, habillés seulement de la poussière de la capitale.

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Indiens sur la place centrale d’Asunción

Certaines indiennes essayent de gagner quelques guaranis en vendant leur artisanat aux rares touristes qui s’aventurent au Paraguay. Elles sont là, les yeux ternes, à regarder le temps passer et la réalité ne jamais changer.
Alors un sourire, quelques mots échangés ne laissent pas indifférent.
Et c’est l’envie de redonner à ses yeux leur lumière et leur vie qui se fait ressentir.

Face à cette situation, des organisations paysannes se sont levées pour dénoncer ces abus et atteintes aux droits des paysans et communautés indigènes (atteintes aux droits des travailleurs, travail illégal des enfants, atteintes à la santé, destruction de l’environnement, …) … mais on ne s’attaque pas si facilement à l’agrobusiness.
En 2009, ce sont 393 personnes qui ont été détenues, dirigeants syndicaux, résistants parfois même avec leur famille. De 1989 à 2006, on a enregistré la mort de 93 « campesinos », dont 33 ont eu lieu entre 2000 et 2006. La plupart des meurtres ont été perpétrés lors d’embuscades par des civils armés. Meurtres, séquestrations, intimidations dans le but d’étouffer les revendications.

Les associations, syndicats et ONG n’abandonnent pas pour autant la lutte.

Ce constat me rappelle le passage du nègre de Surinam, de Candide.
Écrit en 1759 …

«En approchant de la ville, ils rencontrèrent un nègre étendu par terre, n’ayant plus que la moitié de son habit, c’est-à-dire d’un caleçon de toile bleue ; il manquait à ce pauvre homme la jambe gauche et la main droite. « Eh, mon Dieu ! lui dit Candide en hollandais, que fais- tu là, mon ami, dans l’état horrible où je te vois ? — J’attends mon maître, M. Vanderdendur, le fameux négociant, répondit le nègre. — Est-ce M. Vanderdendur, dit Candide, qui t’a traité ainsi ? — Oui, monsieur, dit le nègre, c’est l’usage. On nous donne un caleçon de toile pour tout vêtement deux fois l’année. Quand nous travaillons aux sucreries, et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main ; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe : je me suis trouvé dans les deux cas. C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. Cependant, lorsque ma mère me vendit dix écus patagons sur la côte de Guinée, elle me disait :  » Mon cher enfant, bénis nos fétiches, adore-les toujours, ils te feront vivre heureux, tu as l’honneur d’être esclave de nos seigneurs les blancs, et tu fais par là la fortune de ton père et de ta mère.  » Hélas ! je ne sais pas si j’ai fait leur fortune, mais ils n’ont pas fait la mienne. Les chiens, les singes et les perroquets sont mille fois moins malheureux que nous. Les fétiches hollandais qui m’ont converti me disent tous les dimanches que nous sommes tous enfants d’Adam, blancs et noirs. Je ne suis pas généalogiste ; mais si ces prêcheurs disent vrai, nous sommes tous cousins issus de germains. Or vous m’avouerez qu’on ne peut pas en user avec ses parents d’une manière plus horrible.»


Vous me direz peut-être que manger de la viande n’est pas aussi futile que sucrer ses fraises, que les protéines nous sont nécessaires, mais quand je vois qu’un européen moyen consomme deux fois plus de protéines animales que ce dont il a besoin, quand je jette un regard sur les poubelles de nos supermarchés, pleines de côtelettes et autres richesses protéiques, ce gaspillage, ce trop, il est facile de faire une telle analogie.


1759…2010

on attend quoi?

 

 

 

 

Bibliographie:

Los impactos socioambientales de la soja en Paraguay – 2010, BASE Investigaciones Sociales, Repórter Brasil, Agosto, 2010
http://www.baseis.org.py/base/h_documentos.php

http://www.altervida.org.py/espanol/alter_noticias2.php

http://www.productosorganicos.org.py/V1/

http://www.herbe-lefilm.com/

 


Coups de gueule ou incompréhensions de jeunes européennes

oui, il faut sûrement venir de petits mondes bien protégés comme les notres, avoir la chance du temps de la réflexion, porter sur le Paraguay un regard bien européen résultat d’une éducation bien française…pour avoir de telles reflexion.
Préoccupations de «riches».
Il n’empêche, on les a et cette fois-ci on ne va pas les jeter et vous les faire partager

Chute de la dictature et ouverture du Paraguay au monde, accès aux marchés, au progrès, à la technique, à la consommation sans modération et …au plastique!
30 ans pour transformer un pays en poubelle

Voyage à Ibicui, grande épopée certes, ce que l’on en retiendra c’est aussi et surtout ce tapis de plastique de part et d’autre de la route, ces bouteilles jetées par les fenêtres du bus, la barquette en plastique que Barbara a reçu en pleine tête (ça t’apprendra à mettre la tête par la fenêtre).

La majorité des paraguayens ont d’autres préoccupations, l’urgence étant de vivre, de gagner sa croûte pour manger et dormir mais les voici plus que jamais à nettoyer leur jardin, à balayer leurs trottoirs, leurs entrées, c’est bien par soucis de propreté non? C’est bien que cela leur importe,
alors pourquoi cette négligence?
Et puis, ce n’est pas seulement une question de propreté, de pollution, d’enviro mais aussi une question de beauté. Les paraguayens seraient-il insensibles à des paysages souillés, bafoués?

Incompréhension

réponse:
quand les enfants à l’école se moquent de toi parce que tu jettes tes détritus dans une poubelle, que tu préfères garder sur toi tes déchêts en attendant de trouver un endroit approprié pour les mettre… dégueulasse de garder ça sur toi!
Et bien, tu finis par les jeter toi aussi par terre, n’importe où. Le vent, la pluie auront bien raison d’eux… (ou pas)
Alors, même si tes parents sont dérrière, qu’ils t’ont appris à ne pas jeter n’importe où, tu finis par le faire aussi. Pourtant tu trouves ça moche, ces milliers de bouts de plastique au bord de la route, ça te gène, empêche ton regard de se poser.
A un moment donné, tu as eu envie de changer ça mais l’opinion générale a eu raison de toi.
Tu le fais, il le fait, vous le faîtes, alors faisons le…
C’est si facile dans ce sens, pourquoi pas dans l’autre?

L’éducation,
la question est là
la réponse aussi

mais pas que, loin de là…

***

Quand il fait froid dehors, le paraguayen se pare de son plus beau bonnet, l’enfonce sur son crâne et sort bravement affronter le mercure avoisinant les 15°C. Il n’est alors pas rare de croiser écharpes et manteaux épais, bouts de tissus destinés à soustraire les oreilles au froid insidieux, retenus par une casquette tristement inutile à protéger des rigueurs de l’hiver.

Quand il fait froid dedans, l’histoire devient riche en paradoxe. Le paraguayen aime en toute circonstance à régaler ses hôtes de la puissance de son air conditionné. La température extérieure dépassant à peine les 20°C, la climatisation entre dans la danse. Et c’est à cet instant que se produit le miracle toujours renouvelé à nos yeux incrédules et cependant jamais accoutumés : le paraguayen ne craint plus le froid, pour peu qu’il vienne de sa machine. Et c’est à notre tour de regretter le bonnet, nous, pauvres étrangers partis le matin sous un soleil de plomb sans même imaginer emmener de quoi se couvrir et redécouvrant le Nord dans le froid artificiel mordant de notre bureau.
Cette incompréhension reste profonde et vivace à mesure que les jours passent.


Les mots…

Le retour à l’essentiel, le stop au blabla
ou…la barrière de la langue

c’est là qu’on se rend compte que l’on peut dire beaucoup avec peu de mots.
Simplicité, sobriété …
Vers une décroissance du verbe ?

Reste ce petit bémol : celle-ci est forcée
encore et toujours cette question de la liberté…

malgré ce fort sentiment de frustration lorsque les idées et arguments restent coincés dans la gorge et se retrouvent forcés de faire demi-tour devant une langue « en travaux » (l’expression barrière de la langue prend ici tout son sens) il est intéressant, et on peut même voir ça comme une chance,  d’avoir ici l’occasion de (re)découvrir comment se construit une langue, sur quoi elle repose, de réaliser l’importance de certains mots, leur sens, leur histoire et leurs évolutions…d’y faire attention comme jamais auparavant…et nos évolutions à nous aussi, notre apprentissage, interessant à observer aussi :
Au début, il y a le présent:le estoy, soy et le tengo (j’ai): je suis, je suis là, je vis le moment présent, j’observe le présent, le subis (j’ai faim, j’ai soif, j’ai sommeil), les choses se passent autour de moi. Ainsi vient naturellement les outils de description le « hay » (il y a) et les verbes de description. Puis les verbes d’action, dont le grand, le fort : le « hacer » (faire) et le « tengo que » (je dois), notre présent serait-il tant rempli d’obligation et de devoir ?

Puis vient le futur, simplement, puisque l’espagnol nous fait le cadeau d’un futur facile à construire (je parle évidemment de conjugaison) : voy a (je vais) et tout semble à portée de main…ah, enfin, la possibilité du demain…(et celle de reporter le présent)!
(« Demain j’arrête c’est promis, demain demain toujours demain
Demain c’est sûr, on vous l’a dit, demain demain toujours demain
Demain ceci, demain cela, demain demain toujours demain »)

La première grande révolution est le « habia » (il y avait) ou l’accession au passé, par la description bien entendu…faut y aller doucement, plus tard viendront les verbes d’action…
la petite touche qui fait toute la différence est l’apprentissage de tous les tics de language qui font illusion :
« asi no mas », « mas o menos », « igual no mas », « verdad », «igual no mas luego »

à nous l’espagnol!

Ya plus qu’à… Et vogue la galère !


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