Deux géoliennes au Paraguay


« | Accueil | »

Et le projet dans tout ça ?

Les photos de notre sortie !

Et oui, on vous parle du Paraguay, de nos voyages et péripéties, on vous montre de belles photos mais c’est oublier un léger détail: le projet. Car c’est à lui que l’on consacre la majeure partie de notre temps (et non, on ne fait pas que du tourisme!).

Un petit bilan s’impose, car comme tout projet bien vivant, il change, se recontextualise suivant les disponibilités et surtout les moyens. Faisons donc le point :

Nous travaillons au sein du centre d’investigations (CTA) de l’Université Catholique d’Asunción autour de deux projets :

Le premier a pour but de modéliser le bassin versant de la capitale Asunción, qui se nomme Yukyry. Dans un premier temps, on se concentre sur la partie hydrologie superficielle. Ce qui veut dire concrètement, modéliser, grâce aux caractéristiques et aux données d’occupation du sol, les écoulements superficiels afin de pouvoir simuler des scénarios plus ou moins catastrophes. Ce modèle sera mis à disposition de la SENASA,  Servicio Nacional de Saneamiento Ambiental , organisme public qui s’occupe de la gestion de l’eau. On vous épargnera les détails aujourd’hui: on dessine le bassin versant, on cherche ou calcule les données d’entrées, on les trouve plus ou moins, et on calibre…on y arrive mas o menos mais on a l’espoir.
Vous aurez droit à un peu plus de précisions plus tard, dans un autre article.
Qualités pré requises : persévérance et…patience,
(ah ben pour le coup c’est raté…)

On s’étendra un peu plus aujourd’hui sur le deuxième projet :
Pourquoi un article sur l’impact de la culture intensive du soja au Paraguay ? Ce n’est pas si anodin…
mais bien pour que vous ayez en main toutes les clés pour comprendre la situation… et notre projet.

Nous avons emporté dans nos bagages un kit de mesures du taux de glyphosate dans les eaux superficielles. Celui-ci est facile à utiliser : il suffit de prélever correctement des échantillons d’eau et en une demie journée de chimie pour les nuls, il est possible de déterminer la concentration en glyphosate dans l’eau. Il est aussi possible par l’intermédiaire d’autres réactions chimiques, de déterminer le taux de glyphosate fixé dans le sol.
Le seul hic est le coût de ce « précieux » : plus de 2000 euros, rien que ça pour 80 mesures, sachant qu’il faut en faire au moins deux pour chaque point, cela limite beaucoup le nombre d’échantillonnage possibles…Nous n’avons donc pas droit à l’erreur.
L’idée est de demander des financements pour d’autres réactifs dans le cas où la contamination par le glyphosate serait mise en évidence. Ceci afin de faire une étude plus complète.
Mais avant ça, il faut bien commencer avec ce que l’on a.

Pourquoi un tel kit? L’idée est d’appuyer les ONG et associations locales dans leur lutte contre l’agrobusiness et d’apporter des preuves de contaminations de l’eau. Qui dit contamination de l’eau, dit impacts sur l’environnement mais aussi et surtout sur la santé des campesinos et communautés indigènes qui vivent juste à côté des champs de soja. Ce n’est pas grand-chose, certes, mais c’est déjà cela. Et petit à petit, ajouté aux autres études qui sont faites, il sera peut être possible de faire pression sur le gouvernement et même alerter les institutions internationales par l’intermédiaire de l’UNICEF…
Du pessimisme actif, on avait dit…

Dans un premier temps, l’objectif est donc d’identifier les acteurs (ONGs, associations, organisations de campesinos) intéressés par le projet et les plus à même de faire bon usage des données, puis de déterminer avec eux les zones d’études les plus pertinentes.

Un partenariat a été ainsi mis en place entre l’UNICEF et le CTA: l’UNICEF finance les sorties terrains en échange de quoi nous lui mettons à disposition les résultats de nos études terrains (mise en valeur des points critiques, échantillonnages, analyses, résultats, interprétations, recommandations).
Nous avons également contacté l’institution Base Investigationes Sociales, un centre de recherche qui se consacre à la production et à la diffusion de connaissances sur la réalité paraguayenne, dans le but de contribuer à la construction d’une société « sustentable », équitable et solidaire. Elle se donne pour objectif de mettre en lumière les problèmes sociaux, économiques et politiques existants en zone rurale et met à disposition des outils de formations et d’accompagnements adaptés pour y répondre. Ceci notamment par la mise en place, le renforcement et la mise en réseaux des organisations paysannes locales.
L’article sur le soja publié précédemment s’appuie en grande partie sur une de leurs études. Celle-ci a été effectuée dans une zone critique: la communauté guaranie Campo Agua’e (ce qui signifie « devant ») qui se situe dans le département de Canindeyu, au Nord Est du pays. Cette région n’a été « colonisée » par l’agrobusiness que récemment. Contrairement à la région sud orientale qui s’est bien organisée autour de syndicats de paysans relativement solides, il n’existe pas encore d’organisations campesinas dans cette partie du Paraguay. Ce qui rend les impacts de l’agriculture intensive du soja d’autant plus forts.
Il a été donc décidé d’un commun accord qu’il était nécessaire de faire une étude de la qualité de l’eau dans cette communauté, qui souffre particulièrement de l’agriculture du soja transgénique. Cette étude viendra en complément des différentes études sociaux-économiques menées en parallèle.
Par ailleurs, nous avons pris contact avec Sobrevivencia, le groupe local de l’association internationale Les Amis de la Terre (à noter qu’ISF dont nous sommes toutes les deux membres travaille souvent, ou du moins reste en contact permanent avec les Amis de la Terre France) qui travaille pour la conservation , la restauration et la gestion durable de l’environnement ainsi que pour la défense des droits fondamentaux et l’intégrité des communautés.
Sobrevivencia effectue en ce moment le même type d’études que BaseIS mais dans la communauté Luz Bella, qui se situe dans le département de San Pedro.

 

Nous décidons donc de nous concentrer sur ces deux zones d’études : Campo Agua’e et Luz Bella.

Dans un premier temps, à l’aide des données géographiques, topographiques et hydrologiques (et grâce notamment au logiciel ArcView), nous étudions les deux bassins versants, ceci afin de mettre en valeur les zones critiques… tout ça demandant évidemment confirmations sur le terrain.

3h du matin: nous voici donc prêtes, tubes d’échantillonnages et glacière en mains, pour 5 longues heures de bus (encore) à destination de Curuguaty, ville la plus proche de la communauté Campo Agua’e. Nous devons y rejoindre Richard et Milena, salariés de BaseIS , qui sont alors là bas pour soutenir la communauté dans un procès intenté contre un des plus gros « sojero » de la région.
C’est après un autre voyage en 4*4 que nous arrivons avec eux dans la partie centrale de la communauté, c’est-à-dire le quartier où vit le chef Lucio…
un autre monde s’offre à nous…

 

Des champs à perte de vue et à peine quelques arbres pour fixer le regard. Deux maisons en bois, toits de paille. Plus loin, trois autres. Et de l’autre côté du champ, au loin, on en aperçoit encore deux. Combien sont-elles ?
Bienvenue dans la communauté indigène Campo Agua’e.
Les hommes, chefs de famille, s’approchent avec des chaises, eux parlent espagnol. On s’installe autour d’un tereré, en expliquant le but de notre venue. Les femmes ne parlent que guarani. Quand nous y sommes retournées pour la deuxième fois, perdues, n’arrivant pas à retrouver la maison du chef, Lucio, nous n’avons pas réussi à communiquer avec elles. Les enfants qui sont allés à l’école ont quelques notions de « castellano » (espagnol). Ils vivent ici depuis toujours ; aller à la ville signifie le bourg d’à côté, Curuguaty. Asunción est un autre monde, bien loin d’ici.
Des cultures de manioc, de pomme de terre, des fruits, des porcs et des gallinacées : canards,  poules, coqs…
Le temps semble s’être suspendu sur les scènes dont nous sommes témoins.
Un hamac balance, les braises rougeoient, les enfants poussent des pneus avec des bâtons.
Un tracteur, puis un énorme 4*4 passent dans le champ à côté, nous rappelant encore la raison de notre venue.

Du soja à perte de vue…
à seulement quelques mètres des maisons, de l’école où vont 35 enfants
sans barrière végétale (ou seulement sur une partie)
jusque sur les bas côté de la route départementale qui passe à proximité de Campo Agua’e,
jusque sur la route sûrement, s’il n’y avait toutes ses voitures…


  1. Alexis Claudel écrit:

    Bravo les filles
    Merci pour le point sur la situation qui permet de mieux vous suivre.
    Et merci pour les supers photos, c’est un plaisir de découvrir à travers vos yeux ses réalités si différentes des nôtres.
    Votre blog est vraiment très chouette. On vous envie…
    Vous souhaitez une bonne année est facile avec la belle aventure que vous vivez. Profitez!
    Bisous de la famille Claudel de Chaudeney

    Citer | Posté 6 janvier 2011, 0:02
  2. Juju le chilien écrit:

    Buenos dias !

    Ca fait un moment que j’étais pas venu sur le blog…y’a pas mal de choses à lire. Merci pour cette explication du projet et surtout d’évoquer la culture du Soja qui apparemment pose pas mal de problèmes…qu’on veut souvent nous cacher en Europe…

    Bisous à vous deux et attention à ne pas trop attraper l’accent québécois Myriam ^^

    Citer | Posté 3 février 2011, 20:30

Laisser un commentaire

lerajahotel |
gitelemoulindepeyra |
maple syrup, bears and land... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Meli et Melo au Japon
| Un été au Portugal...
| deepakp