Deux géoliennes au Paraguay


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Les déchets au Paraguay : de l’emballage à l’humain

Les rues sont sales, les papiers jonchent la chaussée, les routes de campagne sont recouvertes de sacs plastiques, les gens jettent leur bouteille de plastique vide dans la nature, personne ne ramasse. Où sont les containers à verre, à carton, à plastique ? Ah, il en existe un peu ? Personne n’y jette rien. Une visite de la décharge municipale d’Asunción plus tard et la résolution est prise : il va bien falloir écrire sur ce sujet complexe et sensible au Paraguay : la gestion des déchets. Comment se gèrent les déchets ici ? Où est le tri sélectif, où sont les poubelles publiques ? Où vont les déchets ? Comment évoluent-ils ?

 

Réflexe Google… « Gestion » « déchets » « tri sélectif » « Paraguay », en français, en espagnol… Rien.  Si on ne trouve rien, la première conclusion est que peut-être, simplement, il n’existe rien sur le sujet.

 

Quelques observations, articles de journaux, conversations, visites…plus tard.

 

Le tri sélectif n’existe quasiment pas au Paraguay pour le moment, en tout cas il est peu répandu. On peut entre autres observer sur le dessin ci-dessous (quand on a la chance d’en trouver un) que les éléments non recyclables et les résidus organiques sont allégrement mélangés dans la même colonne.

 

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Si nous nous intéressions à l’itinéraire d’un emballage de jus de fruit en carton à Asunción ? Le voilà vide, il a trois options : dans le premier cas, son utilisateur le jette dans la rue ; dans le deuxième cas, son utilisateur le jette dans une des poubelles de la rue, sortes de cages en fer trouées ; dans le troisième cas, l’utilisateur se trouve près de poubelles à tri sélectif, a entendu parler de cette pratique étrange et l’emballage se retrouve, si il a de la chance et que tout n’est pas déjà mélangé, avec ses camarades cartons papiers seulement. Autant dire que ce dernier cas de figure est rarissime.

 

Suivons un à un les futurs possible de notre emballage. Dans le premier cas, jeté par terre, il va pouvoir y rester des semaines, des mois, des années ; surtout si c’est dans la nature, dans un zone publique non protégée. Dans les rues d’Asunción, il sera ramassé rapidement par des hommes ou des femmes sur des charrettes tirées par des chevaux, les « recicladoros ». Ces personnes gagnent leur vie tant bien que mal en vendant ce qui peut l’être à des entreprises de recyclage.

Dans le deuxième cas, ces mêmes personnes interviennent, chargeant des poubelles entières pour pouvoir les trier et gagner ainsi un peu d’argent. Selon un recensement officieux, la Municipalité d’Asunción est arrivée au chiffre suivant : quelques 3 000 personnes s’attèleraient actuellement à la tâche de collecter les objets recyclables dans les poubelles aux quatre coins de la ville.

Celles qui leur échappent et simplement les déchets non recyclables sont collectés dans de grands camions poubelles, de la municipalité ou d’entreprises privées subventionnés en partie par la municipalité (rien ou presque n’est public à Asunción, les lignes de bus par exemple appartiennent toutes à des entreprises différentes). Ces camions se dirigent tous vers un seul lieu : el vertedero (la décharge) de Asunción, appelée la Cateura. Pour information, la production moyenne de résidus solides urbains au Paraguay s’évaluait en 2009 à 1kg/j/hab.

 

Voici donc notre emballage passé entre les mailles du premier recyclage débarqué à la décharge avec tous les autres déchets. Là il subit un deuxième tri sélectif par les « employés » de la Cateura. Dans des conditions très dures, sous le soleil et dans les ordures, ils séparent du reste ce qui peut encore être revendu pour recyclage. Les déchets restants sont traités sur place, c’est-à-dire montés sur d’immenses talus, recouverts d’un  peu de sable et tassés au bulldozer, à ciel ouvert, longés par le fleuve. Ils ont diverses origines : la collecte domestique, commerciale, industrielle, le balayage des rues ou des marchés et peuvent aussi provenir de municipalités voisines. Les « recicladoros » de la Cateura vivent dans une favela située juste à côté, à portée des effluves réveillées par le vent, la chaleur ou la pluie.

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Dans le troisième cas, le container à papier carton, l’emballage a encore deux options : il peut être ramassé directement par les recycleurs et revendu. Il peut aussi dans certains cas, malheureusement, être ramassé par les éboueurs, qui vont mélanger tous les containers indépendamment de leur contenu. Il finira une fois de plus à la décharge.

 

Perspectives…

 

Une privatisation récente de la décharge (entreprise EMPO) a entraîné quelques améliorations dans son fonctionnement. Un grand projet, financé par la Direction Générale de Gestion de l’Environnement de la Municipalité d’Asunción, concerne la création, dans une zone pilote pour le moment, d’un parc écologique ou relleno sanitario. Il s’agit d’un « lieu destiné au stockage final des déchets, dans lequel de nombreuses mesures sont prises pour réduire les problèmes générés par les décharges ; les dites mesures sont, par exemple, l’étude méticuleuse des impacts environnementaux, économiques et sociaux, depuis le choix du lieu jusqu’à sa surveillance permanente durant toute la durée de vie de la décharge », ce qu’on résume également par : méthode d’enfouissement des déchets en décharge contrôlée.

On peut citer notamment la mise en œuvre d’une usine de traitement physico-chimique des lixiviats (liquides générés par les résidus en décomposition, les lixiviats de décharge sont des eaux usées complexes et fortement polluées résultant de la percolation de l’eau de pluie à travers les déchets), afin d’obtenir une dégradation totale des composés organiques qu’ils contiennent, les transformant ainsi en liquides totalement inertes, sans composés polluants.

 

Selon la municipalité d’Asuncion, la «Politique Environnementale Nationale se définit comme un ensemble d’objectifs, critères et orientations générales pour la protection de l’environnement, avec pour but de garantir la pérennité du développement pour les générations actuelles et futures ». La Municipalité de Notre Dame Sainte Marie de l’Assomption, Capitale de la République du Paraguay, pointe plusieurs lacunes dans la protection de l’environnement : l’emplacement de la décharge, le déficit en infrastructures d’écoulement des eaux pluviales et cloacales, la contamination des cours d’eaux, la diminution de la végétation, la pollution (de l’air, visuelle et sonore), et le manque d’éducation environnementale.

 

De nombreux projets sont ainsi mis en place, le Paraguay se trouvant au début d’une prise de conscience. Mais les mentalités sont lentes à changer, le geste de jeter ce qui encombre reste le plus naturel.

 

Certains vont dire qu’un tri sélectif domestique entraînerait une réduction des « emplois ». Qu’en pensent vraiment les premiers concernés ?

 

 

Opinions et témoignages de deux femmes, membres d’une association de recycleurs (Asociación de Carreros, Carritos a Mano, Recicladores y Recicladoras del Banco San Miguel):

 

« J’ai ma brouette que je pousse à la main et ma charrette avec mon cheval. On doit faire de tout pour survivre. La vie n’est pas facile tous les jours. A la maison j’ai 7 enfants, dont 6 vont à l’école. Avec ce que je gagne, environ 300 000 Gs par mois (ndlt : moins de 50 euros), je dois improviser pour qu’ils puissent à la fois aller étudier et ne pas manquer de nourriture. C’est une dure lutte que nous menons chaque jour, mais il est gratifiant d’en voir les résultats. »

 

« Nous avons créé cette association pour pouvoir exiger nos droits. Nous sentions que la société nous discrimine pour notre travail, et ce n’est pas juste. En ce moment, nous luttons pour que le recyclage soit ne soit plus considéré comme une tâche indigne. Ce que nous faisons demande de grands sacrifices et des mises en danger, mais c’est un travail digne. Heureusement, beaucoup de gens sont en train de réaliser le rôle que nous jouons et nous aident, en triant leurs poubelles. »

 

 

J’aimerais finir par un texte (en espagnol…puis en français), écrit par une poétesse de plus de 60 ans, une force vive  de la favela, à Bañado Sur. Ce quartier s’appelle ainsi car il se développe sur des terrains fortement inondables. Ña Lila est une poétesse qui vit dans le quartier Virgen de Lujan. Sa poésie écrite en guarani et en espagnol traite de la dure réalité vécue par les habitants du Bañado Sur.

 

Nuestra vivencia en el Bañado Sur

Estamos viviendo zozobra en nuestro querido Bañado, donde ponemos nuestro esfuerzo, nuestro tiempo; a pesar de muchas dificultades, sin trabajo estable, tenemos que subsistir a nuestros hijos. Alimento, educación, salud, estos tres elementos fundamentales cómo podemos sobrellevar puesto que sin una buena alimentación no hay buena educación ni una adecuada salud.

Nuestra fuente de trabajo actual es el vertedero municipal “Cateura”, ser ganchero es ser humillado por la sociedad.

¿Y esto es el país de las maravillas?

Somos gente humilde pero muy solidaria, no perdemos nuestros principios, la honestidad, valores, luchadores. Valoramos la organización porque a través de ella mejoramos nuestra comunidad, es decir, hay progreso. 

Esto que llamamos progreso no nos viene de arriba, sino con mucho sacrificios y lucha, manos a la obra con jóvenes, adultos, niños y mujeres. Así progresamos como Bañado Sur, tenemos Escuela, Colegios, Radio Comunitaria, Capilla, Casa Parroquial, Comedor Comunitario, Casa para los Abuelitos, calles empedradas. Les invitamos a que vengan a ver progreso comunitario.

Y esto es comunidad de las maravillas y así construimos nuestra riqueza.

 

 

Nous vivons échoués dans notre Bañado chéri, et en lui nous mettons notre effort, notre temps ; malgré de nombreuses difficultés, sans travail stable, nous devons subvenir aux besoins de nos enfants. Alimentation, éducation, santé, ces trois éléments fondamentaux, comment pouvons-nous les assurer puisque sans une bonne alimentation, il n’y a pas de bonne éducation ni de bonne santé.

Notre source de travail est la décharge municipale « Cateura », être éboueur signifie être humilié par la société. 

Et c’est ça, le pays des merveilles ?

Nous sommes des gens humbles mais solidaires, nous ne perdons pas nos principes, l’honnêteté, les valeurs, combattifs. Nous développons notre organisation communautaire car à travers elle nous améliorons notre communauté, c’est-à-dire qu’il y a du progrès. 

Ce que nous appelons progrès ne nous vient pas d’en haut, mais bien de nos multiples sacrifices et luttes, la main à l’ouvrage avec les jeunes, les adultes, les enfants et les femmes. Ainsi nous avançons en tant que Bañado Sur, nous avons des écoles, des collèges, une radio communautaire, une chapelle, une maison paroissiale, une cantine communautaire, une maison de retraite, des rues pavées. Nous vous invitons à venir voir le progrès communautaire. 

Et ça, c’est la communauté des merveilles, et ainsi construisons-nous notre richesse.


La culture intensive du soja au Paraguay, ou les dessous de ton assiette

Pour le sourire d’une indienne,

Cet article n’a pas pour but de te/me/nous/vous culpabiliser, c’est un simple constat d’une réalité que nous ne pouvons nous cacher. Il me semble qu’il est de notre devoir de citoyens du monde de la regarder en face, de la nommer correctement en laissant de côté ce trop plein de pléonasmes pour enfin l’assumer.

Une première étape, la deuxième étant de se donner les moyens de la changer. Et même si cela semble impossible et que le pessimisme nous gagne, le sourire d’une indienne, la force, la volonté de ces gens qui se battent pour la vie, la solidarité qui persiste me font garder espoir.

Du pessimisme actif me disait l’ancien.

Allons maintenant faire un tour au supermarché.
L’œil se perd entre les côtelettes, faux-filet et autres rôtis. Un bœuf bourguignon ou un bon gros steak ? Laisse-moi deux minutes, j’hésite encore…
Ah, viande que nous adulons et consommons sans modération…
Non, ce n’est pas moi, carnivore que je suis, qui vais vous faire la leçon… un simple constat on avait dit.
Qu’il est bon de savourer une entrecôte…
Il l’est un peu moins quand on jette un œil sur la filière bovine.

Nous ne parlerons pas des méthodes d’élevage conventionnelles, de la consommation démesurée en eau qu’elles impliquent, du stockage et de l’épandage de purin, de l’administration d’hormones mais seulement du système de nourrissage.
Contrairement à ce que l’on m’a appris à l’école, le bétail ne se nourrit pas principalement d’herbe, mais majoritairement de soja, dans un souci non pas de qualité mais de productivité, résultat de notre politique agricole commune actuelle. Oui et alors?


Alors maintenant, traversons l’Atlantique, et allons voir ce qu’il se passe au Paraguay.
Et oui, ce soja est un soja baroudeur qui a parcouru des milliers de kilomètres avant de se retrouver dans nos silos…

Ce soja arrive en partie du Paraguay, 6ème exportateur mondial derrière notamment les États-Unis et l’Argentine. Chaque année, c’est environ 7,2 millions de tonnes qui y sont produites, ce qui certes ne représente que 2,7% de la production mondiale mais est déjà beaucoup au vu de la taille du pays. 77,7% de cette production est dédiée à l’exportation. Le soja ayant été introduit dans le pays il y a seulement quelques années, sa consommation locale est de toutes façons rare, celle-ci n’étant pas du tout traditionnelle et ne pouvant entrer dans les mœurs. Des campagnes de promotion de sa consommation ont été mises en place, sans succès.

C’est en regardant de plus près ce qu’impliquent ces quelques chiffres qu’on ressent une envie de prendre les armes.
Prendre les armes,
Cette feuille de papier pour commencer.

Au Paraguay, pratiquement 90% de la culture du soja utilise des semences modifiées génétiquement (GM), les sojas Roundup Ready (RR) sous brevet Monsanto. L’Argentine, le Brésil et le Paraguay sont en tête de liste des 7 pays produisant du soja GM dans le monde.

Aujourd’hui, la méthode la plus utilisée avec le soja RR est la technique du «semis direct». Cette technique combinée à la tolérance à un herbicide acquise par transgénèse, a rendu possible l’expansion et l’intensification de la production tout en réduisant les coûts de main d’œuvre. Pour l’agrobusiness, l’utilisation combinée des sojas GM et du «semis direct» est un succès économique. Lorsque le glyphosate est répandu sur les monocultures de soja, toutes les plantes meurent sauf le soja GM, ce qui simplifie beaucoup le travail lié au contrôle des mauvaises herbes. Le désherbage mécanique (avec l’utilisation de charrue) est remplacé par le désherbage chimique. Par contre, le «semis direct» rend indispensable l’utilisation d’herbicides pour désherber. L’association des monocultures de soja RR et du semis direct ont entraîné une augmentation exponentielle des volumes globaux de pesticides utilisés, se qui signifie des millions de dollars de profit pour les industries des semences et de la chimie. L’échelle de production est passée à des monocultures de milliers d’hectares, nécessitant peu de main-d’œuvre, la gestion des mauvaises herbes n’étant plus assuré que par des machines et des avions pour épandre les pesticides.
A noter que la majorité des pesticides utilisés aujourd’hui au Paraguay le sont sans aucune mesure de protection. Aucune norme ou loi ne règlemente l’utilisation de ces pesticides, alors que les plus communément épandus sont aujourd’hui interdits dans l’Union Européenne.

De faibles apports économiques

Ce modèle de production du soja ne génère que très peu d’emplois, autant pour ce qui concerne les phases de production et de transformation que des tâches liées à l’exportation.

Du fait de la culture mécanisée, une seule personne est aujourd’hui à la charge de 200 hectares, ceci pour un très maigre salaire et dans de difficiles conditions de travail ; alors qu’un hectare équivaut à une personne en agriculture paysanne. Au début du développement de la culture du soja, le producteur (paraguayen en général) était une réelle source de travail pour ses voisins, sa famille, ses amis ; aujourd’hui les producteurs brésiliens apportent leur propre main d’œuvre. Selon une étude réalisée par l’association BaseInvestigacionesSociales, dans les trois districts limitrophes du Brésil, ce sont 61% des exploitations qui sont des propriétés étrangères, dont 90% brésiliennes. Le très faible régime d’imposition dans le secteur encourage en effet l’installation d’exploitations étrangères.

Par ailleurs, alors que le Brésil transforme 46% de son volume de grains et l’Argentine 63%, au Paraguay, ce chiffre est seulement de 20. La grande partie de la production est exportée (principalement au Brésil,) avant toutes transformations, donc sans valeur ajoutée. .

De ce fait, ce sont surtout les entreprises étrangères qui bénéficient de cette activité économique. Les faibles ressources générées par ce secteur ne permettent pas le développement de l’industrie paraguayenne et des filières de transformations.

Et du côté de l’environnement, ça donne quoi?

Entre déforestation et pollutions

A l’origine, la région orientale du Paraguay, le Sud du Brésil et le Nord-est de l’Argentine étaient couverts de près de 470 000 km de forêt primaire. En 1945, celle-ci couvrait 8 000 000 hectares de la Région Orientale du Paraguay…contre seulement 700 000 aujourd’hui.

Une des principales raisons de cette déforestation est l’expansion de la culture du soja. Le paysage change petit à petit et offre aujourd’hui au regard des champs à perte de vue et quelques lapachos, symboles du Paraguay … souvenirs d’une végétation flamboyante.

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Lapacho jaune

Déforestation et donc disparition d’une grande partie de la biodiversité : de nombreuses espèces animales et végétales ont ainsi été exterminées ces dernières années ou sont considérées à l’heure actuelle en voie d’extinction. Un autre problème important lié à la déforestation est l’altération significative du climat à l’échelle locale. Des fluctuations de températures plus marquées et une augmentation des phénomènes climatiques extrêmes (tornades, tempêtes, inondations, sècheresse) se font ressentir. Les sécheresses et la contamination des cours d’eau par les pesticides sont à l’origine de la disparition de la faune aquatique. Par ailleurs, la transformation de la couverture végétale rend les sols plus fragiles et plus sensibles à la contamination, ce qui pourrait s’avérer très grave. En effet, c’est dans cette région que se trouve l’aquifère Guarani, ressource en eau douce considérée comme la plus importante du monde : il s’étend sur une superficie d’environ 1,2 millions de km² (pour un volume d’eau estimé à 50 000 km3), au niveau de quatre pays d’Amérique latine, le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay, et le Paraguay. Quelques 60 000 km² de cet aquifère constituent le sous sol paraguayen et par là une ressource primordiale en eau potable. La pollution des sols et des eaux superficielles pourrait impliquer une contamination de cet immense réservoir et donc mettre en péril l’approvisionnement en eau de nombreuses villes ainsi que la destruction de nombreux écosystèmes.

La fin de l’agriculture paysanne et la mise à mort d’une culture

L’accaparement des terres fertiles et la spéculation foncière des entreprises étrangères privent les petits paysans d’un accès à la terre. Les jeunes n’ont pas les moyens d’acheter la terre et se trouvent obligés de travailler au sein des grandes exploitations dans des conditions de travail difficiles, ou de migrer. Aujourd’hui cette situation concerne entre 300 000 et 500 000 paysans. Se trouvant face à un environnement contaminé empêchant toutes cultures autre que le soja et n’étant pas concurrentiels face aux multinationales, beaucoup de paysans n’ont d’autre solution que de louer leur terre ou de la vendre… sans perspectives économiques.

L’usage intensif de pesticides a provoqué la destruction des cultures des communautés indigènes et la mort d’une partie de leurs élevages. L’épandage de pesticides à proximité des communautés et villages affecte sérieusement la santé des habitants. De nombreux cas d’intoxication ont été relevés près des zones de production : beaucoup d’enfants ont la diarrhée et des problèmes stomacaux, les hommes, des problèmes de foie et les femmes font des fausses couches. Le souvenir de Silvino Talavera, 11 ans, mort en 2003 dans la région d’Itapúa, suite à une pulvérisation reste présent dans les esprits.

La disparition autant qualitative que quantitative de la faune et de la flore réduit la source principale d’alimentation des indigènes. Du fait de leurs faibles ressources économiques, il leur est difficile de remplacer leurs sources traditionnelles de nourriture. L’accès à ces ressources alimentaires est d’autant plus réduit que des milices privées leur interdisent de passer à proximité des grandes propriétés.
Dans ces conditions, les indigènes se trouvent dans l’impossibilité de développer leur forme de vie traditionnelle: ils perdent ainsi peu à peu leurs traditions, leurs recettes (difficile quand les ingrédients n’existent plus), leurs pratiques, leurs savoirs traditionnels et finalement leur culture.

Une des seules alternatives qui est offerte aujourd’hui au monde rural est le commerce du charbon de bois. Celui-ci est vendu aux entreprises brésiliennes et exporté, presque sans aucun droit de douane, pour l’industrie sidérurgique brésilienne. Ce qui ne fait qu’amplifier le phénomène de déforestation et tous les problèmes qui lui sont liés. En effet qui dit charbon de bois, dit bois…la forêt primaire en est la meilleure ressource. Cependant la situation est tellement dramatique que lorsque le gouvernement a mis en place une loi interdisant la production et le commerce du charbon pour limiter la déforestation, il s’est trouvé face à une véritable levée de boucliers de tous les petits paysans et indigènes de la région.

Beaucoup n’ont alors d’autre choix que de fuir. En 1992, la population urbaine a ainsi dépassé pour la première fois la population rurale, celle-ci ayant migré vers les quartiers pauvres des périphéries urbaines. Ces dernières années ce sont plus de 90 000 personnes (environ 18 000 familles) qui s’y sont installées, sans un accès à la terre leur permettant de survivre. Leur faible niveau de formation mais surtout un marché du travail saturé les empêchent d’accéder aux biens et services de base… et de sortir de la pauvreté.

Aujourd’hui, on peut voir dans les rues d’Asuncion, et principalement sur une des plus grandes places de la ville, de trop nombreux indiens tentant de survivre, des bâches leur servant de maison. Il est commun de voir des enfants jouer au milieu de la route, habillés seulement de la poussière de la capitale.

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Indiens sur la place centrale d’Asunción

Certaines indiennes essayent de gagner quelques guaranis en vendant leur artisanat aux rares touristes qui s’aventurent au Paraguay. Elles sont là, les yeux ternes, à regarder le temps passer et la réalité ne jamais changer.
Alors un sourire, quelques mots échangés ne laissent pas indifférent.
Et c’est l’envie de redonner à ses yeux leur lumière et leur vie qui se fait ressentir.

Face à cette situation, des organisations paysannes se sont levées pour dénoncer ces abus et atteintes aux droits des paysans et communautés indigènes (atteintes aux droits des travailleurs, travail illégal des enfants, atteintes à la santé, destruction de l’environnement, …) … mais on ne s’attaque pas si facilement à l’agrobusiness.
En 2009, ce sont 393 personnes qui ont été détenues, dirigeants syndicaux, résistants parfois même avec leur famille. De 1989 à 2006, on a enregistré la mort de 93 « campesinos », dont 33 ont eu lieu entre 2000 et 2006. La plupart des meurtres ont été perpétrés lors d’embuscades par des civils armés. Meurtres, séquestrations, intimidations dans le but d’étouffer les revendications.

Les associations, syndicats et ONG n’abandonnent pas pour autant la lutte.

Ce constat me rappelle le passage du nègre de Surinam, de Candide.
Écrit en 1759 …

«En approchant de la ville, ils rencontrèrent un nègre étendu par terre, n’ayant plus que la moitié de son habit, c’est-à-dire d’un caleçon de toile bleue ; il manquait à ce pauvre homme la jambe gauche et la main droite. « Eh, mon Dieu ! lui dit Candide en hollandais, que fais- tu là, mon ami, dans l’état horrible où je te vois ? — J’attends mon maître, M. Vanderdendur, le fameux négociant, répondit le nègre. — Est-ce M. Vanderdendur, dit Candide, qui t’a traité ainsi ? — Oui, monsieur, dit le nègre, c’est l’usage. On nous donne un caleçon de toile pour tout vêtement deux fois l’année. Quand nous travaillons aux sucreries, et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main ; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe : je me suis trouvé dans les deux cas. C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. Cependant, lorsque ma mère me vendit dix écus patagons sur la côte de Guinée, elle me disait :  » Mon cher enfant, bénis nos fétiches, adore-les toujours, ils te feront vivre heureux, tu as l’honneur d’être esclave de nos seigneurs les blancs, et tu fais par là la fortune de ton père et de ta mère.  » Hélas ! je ne sais pas si j’ai fait leur fortune, mais ils n’ont pas fait la mienne. Les chiens, les singes et les perroquets sont mille fois moins malheureux que nous. Les fétiches hollandais qui m’ont converti me disent tous les dimanches que nous sommes tous enfants d’Adam, blancs et noirs. Je ne suis pas généalogiste ; mais si ces prêcheurs disent vrai, nous sommes tous cousins issus de germains. Or vous m’avouerez qu’on ne peut pas en user avec ses parents d’une manière plus horrible.»


Vous me direz peut-être que manger de la viande n’est pas aussi futile que sucrer ses fraises, que les protéines nous sont nécessaires, mais quand je vois qu’un européen moyen consomme deux fois plus de protéines animales que ce dont il a besoin, quand je jette un regard sur les poubelles de nos supermarchés, pleines de côtelettes et autres richesses protéiques, ce gaspillage, ce trop, il est facile de faire une telle analogie.


1759…2010

on attend quoi?

 

 

 

 

Bibliographie:

Los impactos socioambientales de la soja en Paraguay – 2010, BASE Investigaciones Sociales, Repórter Brasil, Agosto, 2010
http://www.baseis.org.py/base/h_documentos.php

http://www.altervida.org.py/espanol/alter_noticias2.php

http://www.productosorganicos.org.py/V1/

http://www.herbe-lefilm.com/

 


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